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PRISES DE PAROLE

La beauté, nouvelle frontière du désir pour les géants du luxe

La beauté, nouvelle frontière du désir pour les géants du luxe

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Rémi Le Druillenec

Écrit pour Cosmétiquemag — Comment transposer un ADN couture dans un univers régi par la R&D, les cycles produits et la distribution sélective ?

Dans un monde où les croissances à deux chiffres ne sont plus la norme, la beauté s’impose comme l’un des rares territoires du luxe à conjuguer désirabilité, volumes et marges. Plus qu’un segment, elle incarne un pont entre luxe et accessibilité : une porte d’entrée vers l’univers des grandes Maisons, mais aussi un formidable laboratoire d’expériences sensorielles. Pourtant, transposer les codes d’un empire du cuir ou de la couture dans un univers dominé par l’innovation technique, la cadence du lancement produit et la distribution sélective, relève d’un défi délicat.

Il ne suffit pas d’apposer un monogramme pour convaincre : il faut traduire un héritage en texture, en lumière, en émotion. L’été 2025 marque à cet égard une étape décisive pour Louis Vuitton. Après avoir imposé sa vision olfactive avec une collection de parfums devenue référence, le plus grand malletier du monde étend désormais son univers à la beauté avec sa première ligne de maquillage. Un lancement symbolique, tant attendu qu’inévitable, orchestré aux côtés de la légendaire Pat McGrath, figure de proue de la création maquillage contemporaine. Ensemble, ils signent une rencontre entre deux savoir-faire : l’artisanat du geste et la précision du pigment.

Mais au-delà du produit, c’est une équation de marque qui se dessine dans un contexte ou le luxe fatigue. Pour Louis Vuitton, la beauté n’est pas seulement un relais de croissance dans un groupe déjà solidement ancré sur le segment — portée par Dior Beauty, Guerlain ou Givenchy —, elle devient un nouvel instrument d’une désirabilité orchestrée.

Ces incursions dans le maquillage s’inscrivent dans une logique d’expansion maîtrisée pour les marques, dans un secteur où la fréquence d’achat crée le lien, où la communauté se bâtit au rythme des tutoriels et des lancements viraux. Mais pour compter dans cette catégorie produit exigeante, elles doivent se réinventer : Quel récit ? Quelle légitimité ? Quels services ?

Architecture d’une histoire bien ficelée

Depuis toujours, les maisons de mode racontent des histoires : celles d’un moment, d’un geste, d’un créateur. La beauté apparaît comme un prolongement narratif naturel — une autre manière d’exprimer l’âme de la marque. Mais derrière cette évidence poétique se cache une réalité bien plus complexe : celle d’une industrie régie par la vitesse, la performance et la contrainte.

C’est dans ce contexte que l’architecture et le design deviennent des alliés stratégiques. Ils permettent de matérialiser le récit et d’ancrer la marque dans un univers tangible. La Maison Dior l’a parfaitement compris avec sa Collection Privée : parquet en dalles de Versailles, silhouettes iconiques et jardins en fleurs composent une scénographie olfactive où chaque détail renvoie à l’univers de Monsieur Dior. L’expérience dépasse la découverte sensorielle : elle devient une immersion culturelle.

Prada, de son côté, opte pour l’évidence. Sa collection Prada Olfactories, présentée dans des pochons de soie issus de la Mode, illustre une approche où le narratif et le sensoriel s’entremêlent pour créer un Visuel Merchandising à la fois esthétique, sensuel mais didactique

Le produit lui-même peut aussi devenir un support narratif. En mai dernier, CHANEL dévoilait Boutons de Couture, une collection de fards à paupières inspirée des boutons emblématiques de ses tailleurs. Quatre harmonies, seize teintes, autant de clins d’œil au patrimoine de la Maison. Une manière de faire dialoguer la précision du geste maquillage avec la rigueur du vêtement, et d’ancrer la beauté dans une tradition artisanale sans la figer.

Mais la beauté doit-elle refléter la mode, ou inventer son propre langage dans des maisons de luxe multi-expertes ?Dans l’univers du maquillage ou du soin, l’objet ne peut pas se contenter d’être beau : il doit fonctionner. L’utilisateur n’attend pas seulement un geste symbolique — il attend une performance tangible : tenue, texture, efficacité, confort. Il évalue le résultat, compare, teste, commente. Cette exigence de preuve introduit une dimension quasi scientifique dans un univers historiquement narratif et émotionnel. C’est là toute la complexité : comment faire cohabiter l’imaginaire et la mesure, la promesse et la preuve, la magie et la matière ?

La mode est un geste, la beauté est une science.

Les Maisons multi-expertes naviguent entre deux eaux : la fidélité à leur ADN et la nécessité de répondre à des standards techniques toujours plus élevés. Dans cet équilibre, l’innovation devient un nouvel artisanat — celui du laboratoire, de la formulation et de la sensorialité. En internalisant leurs expertises beauté — équipes marketing dédiées, laboratoires de R&D, circuits commerciaux spécifiques — certaines Maisons transforment la contrainte industrielle en levier créatif. Hermès fait de la texture même de ses rouges à lèvres une signature : un toucher velouté et un son de fermeture aussi précis qu’un claquement de sac Kelly. Dior, de son côté, met en scène la recherche scientifique comme un prolongement de sa couture florale, transformant le laboratoire en véritable atelier.

Ainsi, la beauté devient un langage autonome, un territoire d’expression où l’ingénierie et le geste s’accordent au service du récit. Inventer ce langage, pour une Maison, c’est accepter que la beauté ne soit pas la simple traduction de la mode, mais une autre forme d’expression de son essence. Pour autant, le récit doit s’accompagner d’une véritable démonstration d’expertise. CHANEL en offre une illustration magistrale. La Maison consacre à la beauté des espaces entiers au sein de ses boutiques, véritables shop-in-shops où se déploient stations de maquillage et outils professionnels guidés par des conseillers experts. Ces environnements effacent la frontière entre mode et cosmétique : l’expérience y est aussi maîtrisée et immersive que chez les pure players de la beauté. Et, avec la récente Maison de Beauté à Paris, CHANEL pousse la logique plus loin encore — offrant bien plus que des produits : une gamme de services sur-mesure, un lieu d’expériences, et une nouvelle forme d’intimité entre la marque et son client.

©Chanel

Une porte d’entrée stratégique.

Pour les grandes Maisons, la beauté permet de redéfinir la manière d’orchestrer leur réseau retail et la relation client sur l’ensemble de leurs univers — mode, accessoires, parfum, soin. Chez CHANEL, un simple « Je peux vous parfumer ? », glissé par un conseiller lors d’une consultation prêt-à-porter, suffit à transformer un geste commercial en un acte de service, signé et empreint de délicatesse. Le parfum cesse d’être une fin en soi pour devenir un lien sensoriel, un supplément d’âme dans le parcours client. Certaines boutiques vont même jusqu’à orchestrer un véritable zoning olfactif, où chaque espace se pare d’une création de la Maison, tissant une cohérence sensorielle à l’échelle du lieu.

Le service dépasse aujourd’hui les murs du point de vente. Le partenariat entre Dior et Cheval Blanc en offre une illustration parfaite : six suites de soin, chacune inspirée d’un pan de l’histoire de la Maison, accueillent les clients dans un dialogue subtil entre hospitalité et haute beauté. La Suite New Look, hommage à la silhouette iconique, incarne cette approche : le rituel Rêve Couture, soin à quatre mains, prolonge l’expérience Dior au-delà du produit, dans un moment d’émotion pure.

©Matthieu Salvaing pour Dior
©Matthieu Salvaing pour Dior

Une nouvelle grammaire.

En investissant la beauté, les Maisons de mode ne se contentent pas d’élargir leur portefeuille : elles inventent une nouvelle grammaire du luxe, où le récit, l’expertise et le service s’entrelacent pour créer une relation plus intime, plus durable, donc plus performante. Dans un univers où la désirabilité repose autant sur la cohérence que sur la singularité, la beauté devient un territoire d’expression totale — celui où la matière rencontre le geste, où la science rejoint l’émotion, et où le produit devient expérience.

Plus qu’une diversification, c’est un acte de couture immatériel : assembler des univers, accorder les sens et les usages pour prolonger la promesse de la Maison jusque dans l’intime du quotidien.

Tribune écrite pour Cosmétiquemag

Héroïne c’est l’art de concevoir des expériences qui marquent les esprits. Scénographie, design d’espace et narration sensible au service de votre univers et celleux qui l’habitent.

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